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CONGO BELGE DE 1955 À 1960

M.A.S. Société de Transport

enfants du Congo....Flament

agrandir les images , cliquez sur © Photo: Flamant – Façonner par E. Van Zaelen

TÉMOIGNAGE

 

Je me nomme : Marie-Paule FLAMENT, je suis née le 26 août 1951 à Haine Saint-Paul, d’un père belge : François Flament (1926) et d’une mère luxembourgeoise : Hilda Mattern (1927).

J’ai vécu 3 ans en Belgique avant de partir vivre au Congo Belge.

Comme beaucoup d’enfants de la colonie belge, il me reste des souvenirs…et beaucoup de questions !

J’ai retrouvé de vieux négatifs… Avec eux est revenue la nostalgie d’un temps révolu.

Grâce à la technologie actuelle, j’ai pu leur rendre une deuxième vie.

Voici donc le récit d’une enfance heureuse, une époque calme où les ressortissants belges découvrent un Nouveau Monde : le Congo.

Ces jeunes sortis meurtris de la guerre 40 – 45, aspirent à la paix, mais également à la découverte.

Dans la colonie belge, de nombreuses sociétés sont en plein essor et recrutent de jeunes Belges. Ils ont séduit mes parents.

Dès 1954, mon père né en 1926 signe son premier contrat et se lance dans l’aventure. Il part pour la colonie afin de se mettre au service de la M.A.S et effectué sa mise à l’épreuve.

Nous le rejoignons six mois plus tard.

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Messagerie Automobile du Sankuru

LOCALISATION:Vue aérienne de la ville de Luluabourg avec localisation de la M.A.S. Bâtiment situé au centre, non loin de la gare, de la poste et de la station Texaco afin de gérer plus facilement le fret à transporter.(Luluabourg est devenu « KANANGA » après 1960)

CHRONIQUE

Vie coloniale professionnelle.

 

De 1954 à 1960, Papa travaille à la M.A.S, une société de transport ou il est employé comme chef d’atelier et mécanicien.

Grâce au fait qu’il ait rejoint l’armée américaine comme volontaire de guerre, lors de son avancée de France jusqu’en Allemagne ; il a pu perfectionner sa formation de mécanicien et diéséliste.

Ceci lui permit de décrocher facilement un contrat pour la MAS.

La durée du terme est alors de trois ans.

 

LULUABOURG fut son premier poste. Ce travail, par sa diversité, semble directement passionner mon père. La vie quoique dure à cause du climat et des incessants déplacements, l’intéresse énormément.

Le pays l’enchante et il a un contact facile avec les Congolais.

Son travail consiste bien sûr à veiller au transport du fret, à réparer les camions, mais également à conduire et former une équipe de travailleurs

congolais. Maman le soutient et travaille au bureau M.A.S pour des tâches administratives.

HISTOIRE

 

La création de la M.A.S

 

Les frères Hellebaut créent en 1930 la société M.A.S.

 

– Messageries Automobiles du Sankuru –

 

C’est la première société de transport routier au Congo Belge qui relie la province du Kasaï à celle de Léopoldville, d’une part, et la province du Kasaï à celle du Katanga, d’autre part.

 

Les routes ne sont pas encore bitumées, néanmoins grâce à un bon entretien, elles permettent cette expérience.

Les frères Hellebaut ont établi des lignes de transport régulier, par cars et camions, entre les stations de chemin de fer du bas Congo Katanga (BCK) et les centres importants de l’intérieur du pays.

 

Après avoir fondé la société de transport routier, il crée également l’Aéro-MAS, compagnie privée créée en 1947 dont le siège social se trouve à Élisabethville. Flotte constituée d’avions petits porteurs qui reliaient les centres du Katanga et du Kasaïe,

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Papa part souvent en brousse pour dépanner les camions tombé en panne, embourbé ou renversé.Ilveille également à l’état des ponts qu’il faut sans cesse réparer ! L’infrastructure n’est pas très évoluée et sur les grands cours d’eau, il n’y a souvent que les bacs qui constituent le seul passage possible d’une rive à l’autre.

 

C’est ce qui occasionne nos nombreux déplacements. Et comme on le constate sur ma carte de résidents, nous devons séjourner tantôt à Luluabourg, ensuite à Kikwit puis à Tshikapa et enfin à Kanyama.

 

LA VIE A LA M.A.S

Sus à l’intrus ! Danger au travail amène forcément la chasse aux serpents pour débarrasser la parcelle de la M.A.S de ces indésirables !

En 1958 mes parents ayant bouclé un premier terme, ils sont rentrés en Belgique retrouver leur famille.

Maman était enceinte, lors de vacance à la côte Belge, elle a accouché en mai et à Blankenberge d’un petit garçon : mon frère Patrick.Nous sommes donc revenus au Congo à 4.

La même année nous revenons et séjournons près de KANYAMA dans un bled nommé :

KAMPONDE, ce qui nous a permis de nous lier aux colons.

Ces amis sont des exploitants de café ou de tabac, mais aussi de bétails. Évidemment, la cargaison des camions en sera diversifiée !

 

Il y a aussi de grands entrepôts. Des dépôts de coton, de grands bassins pour nettoyer les baies et faire sécher le café. De grandes étendues de plantation et des séchoirs de feuilles de tabac…etc.

Hélas, je n’ai malheureusement pas retrouvé les photos de ces travaux ni des éléphants qui séjournaient derrière la maison.

 

Papa avait tourné plusieurs films sur ce travail particulier, notamment une nouvelle route en construction, mais ceux-ci ont été perdus dans la débâcle de 60.

 

Il aurait pourtant été intéressant de souligner que des éléphants étaient employés pour le travail lourd. Il n’y avait pas de meilleurs outils pour soulever de grosses billes de bois ! Les bulldozers sont venus plus tard.

 

C’est ce qui occasionne nos nombreux déplacements. Et comme on le constate sur ma carte de résidents, nous devons séjourner tantôt à Luluabourg, ensuite à Kikwit puis à Tshikapa et enfin à Kanyama.

L’INDÉPENDANCE

Avec tous ces déménagements, ma scolarité fut un peu chaotique, mais j’ai effectué ma première année primaire à l’athénée de Luluabourg.

Pour ma deuxième ce fut au pensionnat tenu par des soeurs canadiennes à Kanyama.

J’étais en troisième au collège st Clément de Luluabourg.

Je venais de terminer mon année scolaire lorsque le 30 juin 1960 l’indépendance du Congo fut proclamée.

Il y avait un grand malaise parmi la population européenne, des émeutes étant signalées un peu partout dans le pays, mais aucun n’imaginait que cela allait dégénérer au point de mettre fin à la vie en Afrique.

Je me souviens de mes parents sans cesse l’oreille collée aux nouvelles émises par la radio Il ne faut pas oublier que nos parents s’installaient au Congo comme résidents à long terme, sinon à vie, le Congo c’était leur deuxième patrie.

Et puis soudain, ce fut la débâcle…j’étais en train de jouer dans la parcelle, lorsqu’un homme déboula devant moi et me cria « Tous à L’Immo-kasaïe » !

Ne comprenant rien, j’ai appelé mon papa. Celui-ci se mit à la poursuite de l’individu et le rattrapa.

Après un long conciliabule, Papa revint très inquiet. Il m’ordonna de rentrer.

Ils y avaient des gens dans la maison, je sus par la suite que c’était Monsieur Hellebaut et Monsieur

Moussigne : les patrons de la MAS. Ils confièrent à mes parents la serviette contenant tous les papiers importants de la société.

Maman ne voulait pas partir sans avoir fait une valise, papa lui n’en démordait pas et nous emmena

tambour battant vers un grand bâtiment nommé IMMO-KASAÏE.

Tous les Européens convergeaient vers cet endroit et abandonnaient leur véhicule çà et là sans aucun

ordre…afin de se réfugier au plus vite dans le bâtiment.

Environ 1200 personnes ! Heureusement que les résidents ont tout de suite poussé les meubles afin que chacun puisse s’asseoir à même le sol ! Des armes ont été distribuées aux hommes afin de pouvoir défendre les étages. La porte fut barricadée et le siège a commencé. Des tirs ont éclaté…

Plus tard, lorsqu’adolescente j’ai posé des questions à papa, il a avoué avoir reçu l’ordre de nous abattre si jamais les insurgés parvenaient à pénétrer dans le bâtiment et prier pour que cela n’arrive pas !

Les quelques Européens restés chez eux furent abattus, les femmes violées, les enfants battus à mort…

Mais la population locale subira des représailles bien pires encore, car entre eux les Congolais étaient terriblement féroces. Et les luttes tribales ne pardonnent pas. C’est encore le cas aujourd’hui !

JOURNAUX

 

Grâce aux documents découverts sur internet, j’ai pu retracer les trois jours d’horreur que

j’ai vécu et visualiser en image réelle ce que mes souvenirs effilochés par le temps avaient occulté.

 

J’avais alors 9 ans !

 

Ceci m’a permis d’éclairer le drame de l’insurrection militaire de Luluabourg. Ce fait qui a conduit au chaos et à l’évacuation des Européens par les paras belge après 3 jours de siège.

Mes parents, mon frère et moi étions réfugiés dans l’Immo-kasaïe.

ÉVACUATION

Le 13 juillet 1960, maman, mon frère et moi sommes évacués par les paras belges vers la plaine d’aviation de Luluabourg. Puis, vers la Belgique via Léopoldville. Mon père a refusé d’être rapatrié, préférant attendre sur place afin d’évaluer l’évolution de la situation.

Alors que nous attendions l’ordre d’évacuation vers la Belgique, parqués dans une école de Léopoldville : tous les Européens provenant de tous les coins du Congo devaient y attendre leur tour.

Nous patientons là plusieurs jours. Inquiet et dans l’attente de voir enfin notre nom figuré sur la longue liste. Nous voici enfin hélé pour monter dans un car afin d’ être acheminé vers l’aéroport. Mais des émeutes ont éclaté aux portes de l’établissement…il s’en fallut donc de peu que nous subissions encore une fois les attaques des Congolais ! La raison évoquée : les Congolais étaient furieux de voir tous les blancs partir !

Resté à Luluabourg, papa croyait toujours à une accalmie. Il a donc tenté de réunir quelques effets personnels afin de les emballés pour changer de poste (Il s’avéra plus tard que tout fut pillé, il ne nous resta que les larmes et ce que nous portions sur les dos le 9 juillet).

Malheureusement, la situation empira ! Ayant pris des cours de navigation à L’Aéro-mas, il put se sauver de Luluabourg sur un petit porteur afin de se réfugier à Kamina d’où il fut enfin rapatrié.

Papa est retourné au Congo dès 1962 toujours pour la MAS, car il ne réussira jamais à se réadapter en Belgique. Il a alors arpenté les routes qui mènent de Lubumbashi à Sandoa en passant par Kolwezi, Kamina et Dilolo, pour ne citer que ceux-là.

Après les évènements de Kamina en 1967, ou à nouveau mes parents furent inquiétés par des émeutes

et confrontés aux rebelles, mon père décida de changer de région.

Il partit travailler pour L’AGRIFOR dans la région de Boma, puis au nord, à Libenge (région de Mbandaka).

 

J’ai rejoint mes parents en 1965 pour des vacances, puis en 1970…J’ai rencontré un agent de la Cotonco et me suis mariée à Gemena en 1971. Pendant nos trois termes, nous avons eu deux enfants.Ils sont nés au ZAÏRE (ex Congo rebaptisé par Mobutu).

En 1978 déçu par le Congo, mes parents partirent travailler au Cameroun et ce, jusqu’en 1988 ; Tandis que mon mari et moi sommes revenus vivre définitivement en Belgique dès 1979.

J’ai voulu écrire ce témoignage afin de laisser à mes enfants et mes petits-enfants, le récit illustré d’une vie spéciale, intéressante et importante.

Mais aussi pour rendre hommage à tous ces hommes et femmes qui ont eu le courage de vivre au Congo malgré l’insécurité latente.

C’est une petite page d’histoire qui ne doit pas être dénigrée et encore moins oubliée.

M.A.S. APRÈS 60:

Les routes sont de plus en plus dégradées, le travail devient pénible et l’insécurité domine…mais les blancs sont revenus malgré les incessantes menaces et les constantes émeutes….

Si mes parents ont pu traverser cette période sans trop de mal, c’est grâce à la collaboration et l’aide de la population congolaise avec laquelle nous avons toujours entretenu d’excellents rapports.

DOCUMENTS RÉCENTS : (VIA INTERNET)

Communiqué / MAS : Yves Hellebaut reste attaché à ses origines africaines !

Kinshasa, le 23/05/2013

« Des images sur un entretien avec le fils de Monsieur Hellebaut Alfred, le propriétaire et fondateur de la M.A.S (Messagerie Automobile de Kananga). Son fils avec qui je suis en entretien ce 15 mai de 15heures à 19 heures; s'appelle Yves Hellebaut, son frère aîné Jean - Claude Hellebaut et ses trois soeurs. Tous sont encore en vie. Son père était arrivé à Kabinda en 1929 avec ses deux camions Berliet qu'il avait eu à crédit. C'est comme cela que la Mas a commencé. Le nom africain de son père: Alfred Hellebaut, c'est NGOLOMINGI, nom qu'il avait eu lorsqu'il avait réussi à faire dynamiter une carrière chez les bakua Luntu de Dimbelenge. Ce nom lui est resté collé. Monsieur C. Bastin appelé par les Africains, KAMAYI du nom de Camp Kamayi et du quartier Kamayi à

Kananga, c'est lui qui avait construit le premier une maison derrière l'actuelle gare de Kananga, du côté où est situé l'Athénée de Kananga et l'internat IPS et les bureaux de l'ISDR. Lui Monsieur Bastin, avait épousé la soeur à Alfred Hellebaut et était donc

beau-frère à Hellebaut Alfred. Monsieur Bastin est arrivé à Luluabourg en 1910. Tous deux ont travaillé à la formière de Tshikapa, puis à la Cotonco qui deviendra plus tard Onafitex, du temps des Offices qui étaient créés sous l'influence des français pendant la

période de Mobutu. En 1974, Ilunga sera acquéreur de la MAS sous la couverture du Gouverneur Takizala (devenu Ministre) ; qui avait toujours un oeil sur la MAS.

Monsieur Alfred Hellebaut, voyant que la Cotonco avait développé ses activités à Kongolo où il travaillait en 1929, lui proposa ses services de transport pour ses marchandises. Celle-ci refusa. C'est ainsi que Monsieur Hellebaut ira s\'installer à Kabinda où sera en contact avec plusieurs responsables de compagnies de l'époque. Il y développera le transport routier. De Kabinda-Tshofa- Lubao (Sentery, du nom d'une sentinelle qui assurait le relais de courrier entre les différents coins)-Ngandajika-Luputa- Mani- Kamina- Mpania -Mutombo-Penge- Bena Dibele-Mashala, etc... A côté de ce réseau routier, il développera le transport aérien, AéroMas ».

 

Témoignage rendu par A. Y. Lued

 

Ce documentaire a été établi et signé par MP Flament en février 2015,

En remerciement à tous les anciens du Congo pour leur courage et leur ténacité face au destin.

 

 

Flament

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